30 ans des Martyrs d’Algérie : commémoration à l’abbaye d’Aiguebelle
Le 10 mai 2026, célébration à Aiguebelle (Drôme) pour commémorer les 30 ans des Martyrs d'Algérie, dont notre Soeur Paule-Hélène Saint Raymond
Récit de la journée par Sr Jacqueline, qui vivait en communauté avec Paul-Hélène en Algérie
Et replay des interviews et de la messe (en bas de la page)
Ayant connu la plupart des Bienheureux, je partagerai surtout ce qui m’a frappée personnellement.
Pendant quarante-huit heures, nous avons vécu en quelque sorte, hors du temps ; j’ai été plongée dans les souvenirs de la vie à Alger avec Paul-Hélène, les derniers jours, la montée de la violence, les you-you que lançait une de nos voisines en pleine nuit, pour encourager ses fils au djihad, l’angoisse et la peur, les discernements à faire : partir….rester ??? Le choc de l’assassinat de notre sœur et d’Henri, frère mariste, puis les messages de condoléances de tous les coins du monde, la honte exprimée par de nombreux voisins algériens….Mais les souvenirs c’est aussi un tremplin sur lesquels on peut s’appuyer pour avancer.
J’ai été heureuse de revoir des amis et connaissances de ces années -là, en particulier Sœur Chantal (petite sœur du Sacré Cœur) qui a été blessée dans l’attentat qui a couté la vie à sœur Odette.
Cette magnifique célébration avec les chants écrits par Célestin, un des moines, repris par les trappistes et les trappistines de Laval était de toute beauté, rappel aussi de certaines célébrations à Tibhirine, il y a un peu plus de trente ans. De plus dans le chœur se trouvait la belle croix si colorée de la chapelle de l’Atlas.
J’ai aimé la procession d’entrée avec les cierges, symboles de ces vies données, lumières qui font signe aujourd’hui et qui provoquent à être témoins là où nous sommes. Il y a une transmission dans l’invisible qui se fait, un héritage que nous devons, nous les survivants, faire fructifier. Nous devons reprendre le flambeau…. C’est la pensée d’un moine de Tibbhirine Jean-Pierre Schumacher qui , longtemps s’est senti coupable d’avoir échappé à l’enlèvement (cf. ouvrage de Nicolas Ballet : «l’esprit de Tibbhirine « )
La procession d’offrande : les familles et les congrégations ont présenté des objets symboliques : Christian de Chergé , une Bible en arabe, Odette : une calligraphie, Luc : un stéthoscope, Pierre Claverie : un vêtement, Esther : une relique, Bibiane et Angèle : une broderie….. Paul – Hélène un petit carnet où elle notait ses pensées, ses réflexions, ses prières…
Monseigneur Vesco, archevêque d’Alger, présidait la cérémonie avec Monseigneur Durand, évêque de Valence. Dans son homélie, il a rappelé combien ce témoignage des 19 Bienheureux était pour tous, un appel à la fraternité, à la paix, au dialogue. Toute cette homélie est à relire et à ré-entendre, tellement elle donne sens à ces vies données et à cette fragile petite église d’Algérie, et ceci encore aujourd’hui.
Interview de Monseigneur Vesco, archevêque d'Alger, et Marie-Dominique Minassian, docteure en théologie et responsable du pôle de recherche « Les 19 martyrs d'Algérie » à l'université de Fribourg :
