Une sœur française au service des personnes âgées pauvres au Chili

Une sœur française au service des personnes âgées pauvres au Chili

Chantal Berthelin avec des résidents du foyer El Rosario-Punta de Tralca

Quelle a été son enfance ? Comment est née sa vocation ?

Chantal Berthelin est née le 29 mai 1928 à Paris dans une famille nombreuse (14 frères et sœurs).Sa famille lui a transmis la foi. Ainsi, elle a fait du scoutisme et plusieurs membres de sa famille sont entrés dans les ordres religieux. Son père était ingénieur et directeur de l’administration à la reconstruction à Brest après la guerre

Comment a-t-elle connu les Petites Sœurs de l’Assomption ?
Avait-elle le souhait de partir en mission à l’étranger ?

Chantal a connu la congrégation à Brest : elle habitait avec ses parents tout près d’une Communauté de Petites Sœurs de l’Assomption. L’une d’elles a demandé à Chantal de l’aider à s’occuper des enfants d’une famille chez qui elle travaillait.

Elle entre finalement au noviciat des PSA à Concarneau en octobre 1948 à 20 ans. Elle suit une formation de travailleuse familiale à Paris, puis est envoyée à La Rochelle. Elle prononce ses vœux perpétuels le 26 avril 1957 à Grenelle.

Elle exprime très tôt le désir de partir en mission à l’étranger. Ce sera chose faite dès le 14 mai 1957, jour de son départ pour l’Argentine. Elle débarque à Buenos Aires sans connaître un mot d’espagnol. Dès le lendemain, elle est envoyée en mission

Chantal Berthelin – 1982.

Pourquoi s’est-elle intéressée aux personnes âgées ?

Elle arrive à Lota Alto (ville minière du Chili), en septembre 1957. Les Petites Sœurs avaient été appelées à Lota en 1955 pour s’occuper des familles de mineurs mal logées et très nombreuses. Elle y découvre l’abandon des personnes âgées dans les bidonvilles.

En effet, leurs familles leur font souvent sentir qu’elles sont des bouches à nourrir : « Pour le pauvre, le plus grave n’est pas de se sentir pauvre, mais de sentir qu’on ne l’accepte pas dans la grande famille des hommes », (Le Cri des anciens, Chantal BERTHELIN, 1976).

Comment aider les personnes âgées pauvres ?
Comment faire pour qu’elles se sentent utiles ?
Comment changer le regard de leurs proches
et de la société sur elles ?

Face à cette situation, elle décide de créer des clubs (mixtes) pour les personnes âgées, ce qui n’existait pas et apparaît assez original par rapport à la mission habituelle des Petites Sœurs.

Elle leur propose de se réunir une fois par semaine pour prendre le thé, discuter, faire de petits travaux manuels et des jeux selon le désir de chacun. Le premier club est créé en 1960 à Lota Alto (Chili).

Le but de ces clubs est de mieux intégrer les personnes âgées dans leur famille et dans la société.

Quelle est l’organisation de ces clubs ?
Quelles sont leurs activités ?

Chacun paie une cotisation selon ses moyens qui sert à payer les goûters. « Je ne suis pas d’accord, dit Sr Chantal pour leur « donner » des choses, sauf exception. Ils se sentent, en effet, beaucoup mieux quand ils paient de leur poche ». Un président, un secrétaire et un trésorier sont élus parmi les membres du club pour 2 ans. Les valides se rendent chez les invalides du quartier pour y prendre le goûter. « Pour nous, je crois qu’écouter quelqu’un est un apostolat qui allège les chagrins, c’est mieux que de leur donner un paquet de biscuits » (Le Cri des anciens, 1976)

Des bénévoles s’occupent d’organiser et animer les réunions. Ce sont des mères de famille ou des jeunes.

Une fois par semaine des discussions sont organisées sur un thème, l’amitié par exemple.

Une fois par an, des sorties exceptionnelles ont lieu : par exemple, en octobre, une excursion de tous les clubs de Santiago. De plus, chaque club essaie de les emmener en vacances, au bord de la mer que certains n’avaient jamais vu.

Tous les mois, on souhaite les anniversaires du mois des adhérents avec des chants et des danses.

Il y a des pèlerinages dans la région (nombreuses grottes de Lourdes). Un membre de ces clubs témoigne « Nous sommes tous très heureux maintenant parce qu’enfin nous nous sentons « des personnes », nous sentons que nous sommes « quelqu’un », (Le Cri des anciens, Chantal BERTHELIN, 1976)

Quel a été le développement de ces clubs ?

En 1996, on compte plus de 50 clubs au Chili. Sr Chantal estime, en fait, en avoir fondé plus de 130 dans tout le pays

Comment aller plus loin pour aider les personnes âgées isolées ?

En 1973, le foyer « Nuestra Señora del Rosario » est construit à Santa Adella grâce à un généreux donateur. C’est une maison de retraite qui accueille des personnes âgées très pauvres et souvent isolées. Elle accueille 32 personnes (hommes et femmes).
Il y a une directrice laïque aidée par 2 mères de famille avec chacune un enfant de 3 ans. Elles vivent sur place ce qui apporte de la joie aux résidents.

Les résidents financent leur hébergement avec leur pension de retraite et la générosité de quelques bienfaiteurs. Le « foyer du Christ », centre d’accueil pour SDF envoie certains de ses résidents dans cette maison de retraite. En échange, ce foyer donne des maisons préfabriquées

Quelle a été la vie de Sr Chantal tout au long de ces années ?

En 1964, Sr Chantal est victime d’un grave accident avec fracture du crâne qui lui laissera des séquelles à vie.
Elle a continué à créer tous ces clubs et à s’occuper des résidents de la maison de retraite malgré ses gros problèmes de santé.

Elle va s’installer dans le foyer « Nuestra Señora del Rosario » de Santa Adella en 1992 et fera tout son possible pour écouter les résidents et apaiser les tensions.
Elle consacre le lundi aux sœurs de sa communauté. Une à deux heures par jour, elle va visiter les malades et partager l’évangile avec les clubs.

Comment a-t-elle vécu ses dernières années ?

Elle part en maison de retraite quelque temps en Uruguay puis va revenir en France définitivement en mars 2001 pour rentrer dans l’Ehpad Antoinette Fage.
Sa fin de vie a été difficile. Elle perd progressivement son autonomie en particulier l’usage de la parole. Elle va malgré tout communiquer pendant quelque temps par le geste et le regard.
Elle meurt le 24 juin 2019 à l’âge de 91 ans.

Conclusion

Sr.Chantal a témoigné, en 1974, sur sa mission auprès des personnes âgées pauvres du Chili dans El Clamor de los ancianos, publié la première fois, probablement en 1976, réédité au Chili en 1980 et traduit en français sous le titre « Le Cri des Anciens ».

Cliquer ici pour télécharger la version complète de l’article disponible en PDF

Catherine HAMOT (des archives PSA)

Une réponse

  1. GIRARD Elisabeth dit :

    Quelle belle initiative, la création de tous ces clubs!
    La vie circule!

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