La chapelle de la maison mère
Au cœur de la maison-mère, la chapelle est un lieu de prière, de mémoire et de recueillement. Son architecture, ses œuvres d’art et ses symboles racontent l’histoire spirituelle de la Congrégation et invitent chacun à entrer dans le mystère de la foi.
Dès 1870, au moment de leur l’installation rue Violet, les Petites Sœurs transformèrent en chapelle une salle attenante à la grande maison, qui avait précédemment servi d’école ottomane.
Cette chapelle dite basse (par opposition à la chapelle « haute », construite juste au-dessus et qui était réservée aux sœurs), a été par la suite agrandie et servait pour les célébrations et réunions de groupes de laïcs comme les Fraternités.
Au décès des fondateurs, leurs pierres tombales furent installées dans le chœur, à l’endroit où elles se trouvent encore aujourd’hui.
La rénovation de 1999
La rénovation de janvier 1999 avait pour but « de redonner à ce lieu privilégié une adaptation plus fonctionnelle et plus conforme à la pensée de Vatican II pour la célébration Eucharistique, tout en laissant à la chapelle son caractère silencieux, et la place des Tombes » (PCN 14-1-1999).
Cette date de 1999 a aussi été choisie car elle coïncidait avec le centenaire du décès d’Etienne Pernet.
Le travail fut confié à l’architecte M. de Brandois. Lors de l’inauguration de la chapelle, il s’exprimait ainsi :
La vie de l’Église est en constante mutation. Nous avons tous une origine et un avenir.
Dans la chapelle basse, les origines sont symbolisées de façon très forte par la présence de la sépulture des fondateurs. La première idée pour honorer leur mémoire et intégrer l’espace côté rue Violet a été de proposer d’évoquer deux chapelles latérales de part et d’autre de la nouvelle nef, à l’image des anciennes chapelles votives, et en renforcer l’aspect symbolique à l’aide de formes classiques de piliers, de voûtes d’arcades, architecture commune représentative des lieux de prière et qui nous parle à tous.
Une arcade, c’est un carré surmonté d’un cercle. L’adjonction symbolique du cercle et du carré est spontanément interprétée par le psychisme humain comme l’image dynamique d’une dialectique entre le céleste transcendant auquel l’être humain aspire et le terrestre où il se situe.
C’est le thème du passage à réaliser ; l’invitation à la rupture de niveau.
Pour évoquer l’avenir symbolique, l’idée a été proposée de coiffer d’une grande voûte la nef centrale, évocation de la voûte céleste avec des lumières telles les étoiles. La voûte céleste, symbole universel de l’ordre sacré de l’univers.
(…)
La contemplation du firmament révèle la dualité Terre-Ciel, point de départ-point d’arrivée, dans l’entre-deux, l’aventure humaine.
Le tabernacle
Le tabernacle est incrusté dans le mur. Pour la porte il a été fait appel aux symboles les plus simples appartenant au fond commun de l’humanité : le cercle, la croix, et le carré.
[…] « Le cercle symbolise le ciel. Le mot latin cælum désigne à la fois le ciel — le firmament et la forme circulaire. Le cercle est aussi la représentation symbolique de l’enclos circulaire du paradis terrestre, c’est le ciel sur terre. Le cercle, c’est la représentation de la perfection, de l’homogénéité, cercle, cycle, devenir.
Le carré symbolise la Jérusalem céleste. C’est la terre rénovée transportée au ciel. C’est aussi la représentation symbolique du piédestal qui relie Dieu au monde terrestre.
Sur la porte du Tabernacle, le cercle originel du paradis terrestre dans le carré terminal de la Jérusalem céleste : c’est l’image de la première phase de la création à la dernière, de la Genèse à l’Apocalypse.
Les sillons représentent le drame et les souffrances de la vie sur terre, mais aussi la joie lorsqu’ils sont dans le cercle du paradis et dans le rayonnement de la croix.
L’ancien chœur
Dans l’ancien chœur, au-dessus des Tombes des Fondateurs a été placé un Christ offert par une famille, réalisé par Fernand Py (1887-1949), sculpteur sur bois et ivoire. Cet artiste décorateur, malentendant, réalisa de nombreuses œuvres religieuses.
Chapelle latérale
Dans la chapelle latérale consacrée à la Vierge Marie, a été placée une belle statue en bois doré de la fin du XVIIIe siècle provenant de la communauté de Grenoble.
Les vitraux
Jacques Loire, Maître verrier à Chartres a bien voulu nous expliquer lui-même comment il a réalisé l’ensemble des vitraux et leurs symboles :
« Il a été décidé d’utiliser la technique des verres antiques sertis de plomb qui convenait mieux que la technique de la dalle en verre sertie de mortier.
Pour la verrière de l’ancien chœur où l’armature de fer en forme de losange était réutilisée, j’ai conservé une harmonie chaude allant jusqu’au rouge avec un rappel discret de la Croix.
Pour les verrières sur la cour et sur la rue, j‘ai utilisé un graphisme très sobre avec une coloration claire et joyeuse.
Pour le vitrail de la Vierge, j’ai repris les teintes bleues et mauves du grand vitrail, pour créer une atmosphère de calme et de paix, en repartant du même graphisme que pour les verrières sur la cour, mais en le détaillant et en le fragmentant.
Pour la cloison de l’entrée, j’ai souhaité une grande transparence pour avoir tout de suite la vision du grand vitrail. Pour ce vitrail, une technique particulière de collage a été utilisée pour garder une plus grande transparence.
Pour le grand vitrail, « la gloire de Dieu » est une des idées qui m’avait été donnée lors de la réunion. C’est pourquoi, j’ai représenté le nimbe auréolant Dieu, avec le Saint Esprit envoyant ses rayons et sa lumière sur la terre.
La terre est symbolisée en bas à gauche par les grandes lignes courbes avec ses souffrances représentées par les taches rouges d’où pourtant jaillit l’eau, source de vie. L’eau donne naissance à la création représentée par la silhouette d’un arbre en bas à droite, mais cet arbre ne porte des feuilles que dans la lumière.
Les grandes lignes obliques partageant des nuances plus foncées en bas et plus claires dans la partie supérieure symbolisent le passage de la nuit à la lumière.
De la terre où nous sommes, deux grands mouvements ascendants se rejoignent dans la lumière de Dieu et symbolisent, à gauche, avec les nuances vertes, nos espoirs et notre espérance, et à droite, nos prières.
Pour accentuer et renforcer certaines lignes et particulièrement pour l’arbre, j’ai utilisé un plomb de 20 mm de large alors que l’ensemble est réalisé avec un plomb de 8 mm de largeur.
Je suis très heureux d’avoir pu, dans un climat de totale confiance, réaliser cet ensemble de vitraux qui, avec la très belle architecture qu’a su créer l’architecte, donne à cette chapelle une unité qu’il était difficile d’imaginer au début des travaux. »
Croix de Saint Maur
L’entrée de la chapelle (côté intérieur) est désormais signalée par la Croix dite de Saint Maur.
Cette croix, magnifique témoin de la foi du IXème siècle, ornait le fronton du mur de façade de l’église de l’abbaye de Saint-Maur (Anjou).
La croix dite « de Saint-Maur » est une œuvre remarquable, pleine de sens, tant par ses entrelacs que par son unité. En suivant le mouvement de son feston entrelacé, nous remarquons quatre cœurs ouverts sur l’extérieur, dont les pointes intérieures forment un carré, image de Jérusalem retrouvée (Ezéchiel 40, 48) et résidence de Dieu-même (Apocalypse 21, 16).
Ces entrelacs constituent un lien continu et rassemblé par un cercle qui leur donne consistance et unité.
On peut lire dans ce cheminement deux fonctions essentielles qui caractérisent l’homme de foi : la contemplation — pointes des cœurs tournées vers le centre — et la mission qui renvoie vers l’extérieur.
Ainsi le croyant actif, après s’être imprégné fortement de la présence de Dieu au centre de toute vie, se doit de proclamer sa foi aux quatre coins de l’univers. Il le fera dans l’amour, que les cœurs signifient, amour tenu solidement par le cercle de sa foi.
Lieu de silence et de paix, cette chapelle peut favoriser la prière pour ceux qui passent, comme pour les Petites Sœurs qui veulent porter à Dieu les joies et les souffrances de tous, implorer la Paix pour le monde.
D’après un texte de Srs Gisèle Marchand et Michelle Barrot
