Pape François : ″L’évangélisation passe par le témoignage de la proximité et de la charité″

Dans la préface d′une biographie du Père Etienne Pernet (1824-1899), augustin de l’Assomption, parue le 6 mars 2018 en Italie aux éditions Piemme, le pape François souligne que l’évangélisation passe par le témoignage de la proximité et de la charité.

La préface de l’ouvrage de la journaliste Paola Bergamini intitulé “Il Vangelo guancia a guancia” (Ed. Piemme), a été publiée par Vatican Insider le 6 mars 2018 et reprise
par Vatican News

          Le pape s’y confie : 

           "J’étais né depuis moins d’un jour quand Antonia, une jeune novice des Petites Sœurs de l’Assomption fondées par le père Etienne Pernet, est venue chez nous, dans le quartier Flores de Buenos Aires, et m’a tenu dans les bras. Je suis resté en contact avec cette sœur tout au long de sa vie, jusqu’à ce qu’elle rejoigne le Ciel il y a quelques années. J’ai de nombreux souvenirs liés à ces religieuses qui, comme des anges silencieux, entrent chez ceux qui sont dans le besoin, travaillent avec patience, s’occupent de la famille, les aident, puis silencieusement regagnent leur couvent. Elles suivent leur règle, prient, puis sortent rejoindre les habitations des personnes en difficulté en faisant office d’infirmières et de gardes d’enfants, en accompagnant ces derniers à l’école et en leur préparant à manger.mage à « ces religieuses qui comme des anges silencieux entrent dans les maisons de ceux qui en ont besoin, travaillent avec patience, assistent, aident, et puis retournent silencieusement dans leur couvent. Elles suivent leur règle, prient et puis sortent pour rejoindre les habitations de ceux qui sont en difficulté en faisant les infirmières et les gouvernantes, en accompagnant les enfants à l’école et en préparant à manger ».
 
 

 
        Mon père avait plusieurs collègues de travail qui étaient arrivés en Argentine après la guerre civile espagnole, et ils « bouffaient du curé ». L’un d’eux, un jour, contracta une très mauvaise infection, son corps était couvert de plaies et il souffrait énormément. Il avait trois enfants et sa femme devait aller travailler, et donc s’absenter de la maison une grande partie de la journée. Lorsqu’elles l’apprirent, les Petites Sœurs de l’Assomption envoyèrent l’une des leurs chez eux. La supérieure elle-même se déplaça parce que c’était un cas difficile : on savait que le collègue de mon père était un anticlérical convaincu, et qu’il voyait rouge devant la moindre soutane. La sœur dit alors : « c’est moi qui y vais ! ». Je vous laisse imaginer ce que cet homme a pu dire à cette religieuse : les gros mots et les invectives les plus brutales. Mais elle restait calme, faisait son travail, pansait ses plaies, emmenait les enfants à l’école, préparait le déjeuner, et nettoyait la maison. Après plus d’un mois, l’homme se rétablit et put retourner à la vie normale et reprendre le travail. Quelques jours plus tard, alors qu’il sortait du travail avec trois ou quatre collègues bouffeurs de curé comme lui, deux religieuses passèrent dans la rue. L’un des amis leur lança quelques injures. Alors le collègue de mon père, après lui avoir donné un coup de poing, lui dit : « Sur les prêtres et sur Dieu, tu peux dire tout ce que tu veux, mais contre la Sainte Vierge et contre les sœurs, rien ! ». Vous imaginez ? C’était un athée, un anticlérical, et pourtant il prenait la défense des sœurs. Pourquoi cela ? Simplement parce qu’il avait connu le visage maternel l’Eglise, il avait vu le sourire de Marie sur le visage de cette Supérieure, cette sœur patiente qui venait le soigner malgré ses imprécations. Cette femme consacrée qui pansait ses plaies, faisait le ménage chez lui, emmenait ses enfants à l’école et allait les chercher. 
 
        Grâce à ce livre, léger mais dense en récits de vie, nous pouvons connaître l’œuvre du père Etienne Pernet, déclaré vénérable par mon prédécesseur Jean Paul II en 1983. C’est une histoire faite de visages, de dévouement, de gestes de charité, de gratuité pure. Une histoire qui n’a pas perdu de sa fraîcheur et de son actualité. 
 
          Aujourd’hui encore, nous vivons à une époque où l’évangélisation passe par le témoignage de la proximité et de la charité. Par le témoignage du visage miséricordieux de Dieu. Evangéliser nous conduit aussi à apposer notre joue contre la joue de celui qui souffre, corporellement et spirituellement. 
 
        Avec leur travail caché et silencieux, ces femmes consacrées n’ont cessé de suivre l’inspiration de leur fondateur qui, le 7 mars 1967, au couvent d’Auteuil, disait : 
     « Au temps de la maladie, les pauvres sont délaissés ou, tout au moins, assistés d’une manière très insuffisante. C’est pour combler cette insuffisance que nous nous sommes offerts à Notre-Seigneur afin que le malade pauvre eût, lui aussi, une fille de Charité à son chevet. Mais à côté du but matériel, qui est de soigner les corps, nous nous en proposons un autre tout spirituel. L’homme du peuple, l’ouvrier, je puis dire aussi l’ouvrière, gâtés de bonne heure, dans les ateliers, par les lectures mauvaises, les relations privées et les mœurs publiques, vivent d’ordinaire loin de Notre-Seigneur et de son Eglise. Le prêtre leur est, sinon ennemi, du moins indifférent et étranger. Nos pauvres filles n’épouvantent pas ces malheureux. Loin de là : grâce aux soins matériels et gratuits qu’elles leur apportent, ils reçoivent ces anges, comme certains les appellent, avec une confiance mêlée de reconnaissance. Avantage immense qu’elles s’efforcent de mettre à profit, afin de prêcher Jésus-Christ d’abord, par les actes extérieurs d’une vertu modeste et patiente, et aussi en introduisant avec elles, dans l’humble demeure du pauvre, des habitudes chrétiennes ».
 
 
 
     En servant, avec patience et en ne faisant confiance qu’au Seigneur, il peut arriver que les cœurs des personnes même les plus éloignées soient touchés. Comme nous l’enseigne Marie, notre Mère : l’unique force capable de conquérir le cœur des hommes est la tendresse de Dieu. Ce qui charme et attire, ce qui ouvre les chaînes et nous en libère, ce n’est pas la force des instruments ni la dureté de la loi, mais la faiblesse toute-puissante de l’amour divin : la force irrésistible de sa douceur et la promesse irréversible de sa miséricorde. Cette douceur et cette miséricorde dont le père Pernet a témoigné durant toute sa vie et que les Petites sœurs, dans tant de pays du monde, continuent d’irradier. 
François
 
 
La presse en parle : 
 
fr.zenit.org/articles/levangelisation-passe-a-travers-la-charite-ecrit-le-pape/

www.vaticannews.va/fr/pape/news/2018-03/le-pape-preface-une-biographie-du-pere-pernet—levangile-de-la-j.html

www.cath.ch/newsf/pape-francois-%E2%80%B3levangelisation-passe-temoignage-de-proximite-de-charite%E2%80%B3/

En italien : 
www.lastampa.it/2018/03/04/vaticaninsider/ita/vaticano/francesco-quella-suora-che-mi-tenne-in-braccio-quando-avevo-un-giorno-nPwCXOYhGg01T9VSL4m30H/pagina.html
 
 
 
 

 

06/03/2018
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