"Plus vous contemplerez Jésus-Christ, plus vous deviendrez d’autres Jésus-Christ"

L’intériorité est une attitude qui « coule de source », lorsqu’un jour nous avons fait le choix de suivre le Christ et de lui donner notre vie… et pourtant !

Comment parler d’intériorité au milieu de ce peuple malgache où, du réveil au coucher, la vie me prend, m’aspire dans l’action… Tout, ici à Madagascar, dans la mission confiée et avec la communauté, pourrait mettre tous mes sens et mon énergie en route vers une certaine extériorité, sans oublier le lot incalculable de situations imprévues auxquelles il me faut faire face chaque jour ! Mais ma vie ne ressemble-t-elle pas à celle de nos voisins et voisines avec qui nous faisons "famille" chaque jour, et qui eux aussi, du matin au soir, triment pour pouvoir offrir un minimum de vie digne à leurs enfants. Nous sommes d’une même humanité.

Et pourtant, Dieu est omniprésent dans le cœur de ce peuple : prière avant chaque réunion, chaque repas, intensité de silence époustouflant dans les églises… Chaque parcelle de vie est offerte, donnée à Dieu, sous une forme ou sous une autre. 
Alors, dans ce quotidien exigeant, chaque instant de vie partagée me ramène à cette intériorité : la grandeur de la Vie qui m’est révélée me fait toucher à une plénitude, car tout geste, toute parole de ces « plus petits » (selon l’Évangile) avec qui nous vivons est déjà signe du royaume, et me remet au centre de ma vie… C’est ma raison d’être là ! N’est-ce pas vivre, d’une certaine façon, cette aspiration d’Etienne Pernet : "une prière qui ne se tait pas". 
 
Ma prière ne peut pas se taire lorsqu’avec d’autres, en communauté ou avec l’équipe des professeurs du soutien scolaire, nous prenons régulièrement l’espace de la prière d’alliance, de la relecture, du discernement. Et ceci nous invite à dire merci à la Vie, à chercher ensemble Sa Lumière au cœur de nos existences, pour promouvoir toujours davantage de dignité et de justice. Pourquoi se priverait-on de ces occasions qui nous font revenir, qui me font revenir à ce qu’il y a de plus profond en moi : l’expérience d’être sauvée, d’être rencontrée dans une communication de vie et d’amour, au creux de mon existence ; dans cet espace intérieur, où ce que je suis de plus vrai est entre Dieu et moi. Alors, comme Marie, je me sens poussée par l’Esprit, à devenir toujours davantage une femme "en sortie", pour aller à la rencontre, sûre que la promesse de vie reçue est là pour toujours et qu’elle ne demande qu’à être partagée, distribuée, échangée, comme une "nécessité qui s’impose à moi" .
 
 
 
Vivre l’intériorité, ici à Madagascar, plus qu’ailleurs peut-être, c’est aussi faire l’expérience de m’ancrer dans la profondeur de mon être : devant le petit nombre de sœurs que nous sommes, la solitude, l’éloignement kilométrique… tout simplement vivre, avec la certitude d’être incluse dans un grand mouvement d’universalité : Recevoir en moi et habiter cette attitude de faire partie d’un peuple - le peuple malgache - au-delà du fait que je ne serai jamais malgache ! Si quelques fois, d’autres ne me rappelaient pas, par leur regard insistant, la couleur de ma peau, alors, j’en oublierais ma différence ! Faire le choix de l’incarnation au milieu d’un peuple qui, d’origine, n’est pas le sien, contribue largement à vivre cette attitude d’intériorité, à aller se ressourcer auprès de Celui qui, Seul, donne la VIE. Etienne Pernet ne dit-il pas encore aujourd’hui, à chaque petite sœur : « Plus vous contemplerez Jésus-Christ, plus vous deviendrez d’autres Jésus-Christ ". Ce n’est pas du superflu !...  mais un besoin né de cet impératif de Vivre en Lui pour le service de nos frères et sœurs les plus fragilisés par la vie. C’est un appel à porter ensemble l’espérance qui jamais ne nous déçoit, un appel à "devenir-ensemble" ! 
 
Sabine, Petite Sœur de l’Assomption à Madagascar
18/05/2018
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