Espagne - 4ème Marche pour la Dignité à Tarajal…

Il y a quatre ans, 15 personnes ont été assassinées en essayant d’atteindre à la nage la plage de Tarajal, sur la côte de Ceuta (enclave espagnole au Maroc). Elles étaient presque parvenues sur la berge lorsque les policiers ont commencé à tirer des balles en caoutchouc : les coups, le froid, la confusion, la peur et l’eau ont fait le reste.

Pour dénoncer cet événement et tous ceux qui se produisent impunément
sur les frontières, la IVe Marche pour la Dignité a eu lieu à Tarajal,  une marche prophétique par tout ce qui y était dénoncé et annoncé. Nous étions plusieurs petites sœurs des communautés de Grenade et de Séville à y participer.

 

Plus de 500 personnes provenant de différentes régions d’Espagne, ainsi que d’organisations de Ceuta et du CETI –(centre de séjour provisoire d’immigrants) se sont retrouvés pour cette Marche.
 
 
Nous sommes arrivés tôt à Ceuta, et la journée a commencé par une table ronde
avec trois interventions :
   Sunni, un jeune homme du Cameroun, a expliqué son expérience de migration :
en cherchant à étudier dans un pays africain où ses études seraient reconnues, il a terminé enrôlé dans un périple passant par différents pays d’Afrique centrale, il est arrivé en Algérie, au Maroc, à la frontière de Millila face au fil barbelé concertina, et pour finir à Ceuta. Il a traversé la frontière à la nage et il a fini inconscient à l’hôpital ; s’en est suivi un autre long chemin. Actuellement, il étudie l’éducation sociale et il est engagé dans les droits des migrants. Lorsqu’il a fini son témoignage, tout l’auditoire s’est levé et a commencé à applaudir pendant plusieurs minutes… ce fut un instant sacramentel…
  Nous avons aussi entendu le témoignage de Patricia, une femme engagée dans les droits des migrants, qui a fait un résumé de la cause pénale ouverte à Ceuta en raison des 15 personnes décédées à Tarajal, et elle nous a rappelé que les premières frontières qu’il faut éliminer sons les frontières personnelles ;enfin, un avocat, qui nous a parlé de la défense des droits de l’homme.
Puis se sont exprimées diverses personnes présentes et il y a eu quelques témoignages sur l’égalité, sur le désir d’ouvrir les frontières, sur la soif de liberté et de vie digne pour tous et toutes. Assise par terre (parce qu’il n’y avait pas assez de place pour tant de gens), il ne m’était pas difficile d’entendre les béatitudes derrière tout cela : bienheureux ceux qui pleurent, ceux qui sont persécutés, les miséricordieux, ceux qui luttent pour la justice, ceux qui cherchent la paix….
 
En sortant, nous nous sommes tous retrouvés sur la place Notre-Dame d’Afrique : là nous avons partagé ensemble un repas et nous avons été témoins d’une infinité de gestes d’accueil, de proximité et de joie qui nous ont donné un avant-goût de ce à quoi nous voudrions que le monde ressemble.
Un article de la Règle de Vie faisait écho en moi : « Avec d’autres, nous cherchons à créer des milieux de vie où chacun est appelé par son nom, invité à la créativité et à prendre progressivement part à la construction du monde. » (RV 19) 
Un garde de la sécurité du CETI qui était présent, est apparu à ce moment-là, et aussitôt tous les hommes se sont mis à plaisanter et à le saluer, pleins de la joie de la rencontre, et celui-ci disait aussi, tout joyeux : «  Ceux-là sont ma famille ».
Dans l’après-midi la marche pacifique s’est mise en route vers la plage de Tarajal où l’on criait du fond du cœur : «  Personne n’est illégal », « Bienvenus », « A bas les barbelés aux frontières »… toutes et tous d’une seule voix, jusqu’à ce que nous arrivions à la plage, l’un de ces lieux qui sont devenus terre sacrée, un endroit où il faut se déchausser, car là ont péri les rêves et les vies de nombreuses personnes qui en cherchant plus de vie ont trouvé la mort.
 
 
 
 
 
 
Des manifestes ont été lus, des ballons ont été lâchés, on a chanté pour la liberté et l’espérance. Tout comme nos noms sont inscrits dans le cœur de Dieu, sur ce sable sont inscrits les noms de ceux qui sont morts, qui meurent :
 
Lamine Bop, Bouanama Demba, Séni Cissé, Ibrahima Cissé, Ansoumane Cissé, Ibrahim Keita, Armand, Ousman Kenzo, Oumar Ben Sanda, Yves Martin Bilong, Dabouda Dakole, Joseph Blaise, Adebayor, Oncle, Larios Fotio…..
Jusqu’à quand ?(Psaume 12) Jusqu’à combien ?
 
Ma Mercedes Martínez et Lucía Uceda, PSA
 
 
18/04/2017
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